Mostaganem : Sidi Abdellah Boukabrine, une mémoire séculaire au cœur d’El Matmar

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Au cœur de l’ancien quartier d’El Matmar, à Mostaganem, se dresse un lieu chargé d’histoire et de spiritualité : le mausolée de Sidi Abdellah Boukabrine. Implanté à proximité d’une zaouïa Senoussia liée aux familles Tekouk, cet ancien sanctuaire demeure aujourd’hui encore un lieu de visite fréquenté par de nombreux habitants, notamment chaque vendredi, mais également à différentes occasions de l’année. À travers ce mausolée, c’est une partie de la mémoire religieuse, sociale et historique de la ville qui continue de se transmettre de génération en génération. Les sources patrimoniales algériennes attribuent le mausolée à Sidi Abdellah Boukabrine, un saint homme auquel la tradition locale fait remonter une présence à Mostaganem au XIe siècle de l’Hégire, correspondant au XVIIe siècle de l’ère chrétienne. Le surnom « Boukabrine », signifiant littéralement « l’homme aux deux Maqam ou Darih », s’explique par l’existence de deux mausolées qui lui sont attribués : celui d’El Matmar, à Mostaganem, et un autre situé à yanaro, dans la région de Mostaganem. La mémoire locale présente Sidi Abdellah comme une figure religieuse ayant profondément marqué son époque. Certaines sources anciennes et traditions transmises à travers les générations le présentent également comme un homme de foi, et un personnage ayant participé à la vie religieuse et sociale de la région. Le site d’El Matmar occupe lui-même une place particulière dans l’histoire de Mostaganem. Ancien quartier de la ville, il conserve encore plusieurs témoignages de son passé religieux et architectural. La présence du mausolée de Sidi Abdellah, associée à celle de la zaouïa voisine, rappelle le rôle qu’ont joué autrefois ces espaces dans l’enseignement religieux, la transmission du savoir et la vie sociale de la population. Le mausolée de Sidi Abdellah se trouve également face à un autre haut lieu de la mémoire religieuse de Mostaganem : le mausolée de Sidi Saïd El Bouzidi, situé de l’autre côté de l’esplanade de la mairie ainsi que celui de Sidi Hamadouche qui se trouve à presque 150 mètres. Cette proximité entre les trois sanctuaires constitue un témoignage particulier de la richesse du patrimoine spirituel de l’ancien tissu urbain d’El Matmar et de ses environs, où plusieurs figures religieuses ont laissé leur empreinte dans la mémoire collective. Des documents historiques permettent également d’établir l’existence ancienne du sanctuaire. Un acte notarié transcrit en 1929 fait état de la constitution d’un habous, ou bien wakf, au profit du mausolée de Sidi Abdallah Ben El Khattab, inhumé dans le quartier d’El Matmar. Le document mentionne deux parcelles de terrain affectées au sanctuaire et désigne à l’époque un responsable lié à la zaouïa Senoussia. Ce document constitue un témoignage important sur l’existence et l’organisation du lieu durant la période coloniale. Le mausolée était d’ailleurs déjà considéré, durant la période coloniale, comme l’un des lieux de visite importants pour les habitants de Mostaganem et des régions environnantes. Aujourd’hui, malgré les profondes transformations qu’a connues la ville, le mausolée conserve une place particulière dans la mémoire collective mais demeure délaissé par le manque d’une prise en charge totale pour sa réhabilitation par les autorités locales vu sa dégradation. Chaque vendredi, des visiteurs se rendent sur les lieux, tandis que d’autres y viennent au cours de la semaine, perpétuant ainsi une pratique ancienne de visite du sanctuaire. Pour les habitants d’El Matmar et de Mostaganem, cet endroit ne représente ainsi bien davantage qu’un simple édifice ancien : il constitue un repère historique et spirituel, intimement lié à l’identité du quartier. L’histoire de Sidi Abdellah Boukabrine demeure cependant entourée de récits, de traditions et de témoignages qui méritent d’être davantage étudiés par les historiens et les spécialistes du patrimoine. Entre les documents anciens, les archives, les traditions familiales et la mémoire populaire, le personnage continue de susciter l’intérêt et de témoigner de la richesse du patrimoine religieux de Mostaganem. À l’heure où la préservation du patrimoine historique et religieux constitue un enjeu important pour la transmission de la mémoire collective, le mausolée de Sidi Abdellah Boukabrine apparaît comme l’un des témoins de l’ancienne Mostaganem. Sa présence au cœur d’El Matmar, aux côtés de la zaouïa et face au mausolée de Sidi Saïd El Bouzidi et à proximité de Sidi Hamadouche rappelle l’importance de ces lieux dans la construction de l’histoire de la ville et souligne la nécessité de préserver, documenter et transmettre ce patrimoine aux générations futures.

Par Tayeb Bey Abdelkader

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