MOSTAGANEM : Ederb, un quartier au cœur de l’histoire de la ville

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Il suffit de s’engager dans les ruelles d’Ederb, à Mostaganem, pour sentir que le lieu a une histoire. Les passages sinueux, les maisons serrées autour de leurs patios et les murs usés par le temps appartiennent à l’un des quartiers les plus anciens de la ville, longtemps connu comme son quartier juif.

Le mot « derb » désigne en arabe une ruelle ou un quartier. Dans de nombreuses villes d’Algérie et du Maghreb, il servait à nommer le secteur où vivaient les communautés juives : le « Derb Yahoud ». Tlemcen, Constantine, Oran, Alger et d’autres cités ont connu cette même organisation de l’espace urbain. À l’époque ottomane, le regroupement des communautés par quartier répondait à une logique sociale et administrative. Chaque communauté disposait de ses lieux de culte, de ses commerces et de ses règles de vie internes, sous l’autorité de ses notables. Ce n’était pas une séparation étanche : les échanges quotidiens, commerciaux et artisanaux entre voisins étaient constants. Au cœur de la ville de Mostaganem, le quartier Ederb demeure l’un des lieux les plus anciens et les plus emblématiques de la ville. Situé au cœur du tissu urbain, ce quartier populaire conserve encore aujourd’hui les traces d’un passé riche, marqué par plusieurs siècles d’histoire et par le passage de différentes civilisations et puissances qui ont façonné Mostaganem. À Mostaganem, la présence juive s’inscrit dans cette histoire. Les habitants d’Ederb étaient souvent artisans, commerçants, orfèvres, tailleurs ou courtiers, et participaient à la vie économique d’une ville portuaire et agricole. Un détail résume la vie d’Ederb : la synagogue du quartier se trouvait à côté des bains maures. Le voisinage de ces deux lieux, l’un de prière et l’autre de sociabilité et de purification, dit bien l’intimité des existences dans la vieille ville. On passait de l’un à l’autre au fil des jours, des fêtes et des saisons. Le hammam était, dans les villes d’Algérie, un lieu fréquenté de toutes parts, et sa proximité avec la synagogue place le quartier au cœur de la vie collective. Pour comprendre l’histoire d’Ederb, il faut la replacer dans celle de Mostaganem, une ville côtière qui, par sa position stratégique, a connu au fil des siècles différentes périodes et influences, notamment celles des Espagnols, des Ottomans et, plus tard, de la France coloniale. Chacune de ces périodes a laissé son empreinte sur l’organisation de la ville, son architecture, ses traditions et la vie de ses habitants. À l’époque ottomane, Mostaganem occupait une place importante dans l’organisation politique et militaire de l’Ouest algérien. La ville était protégée par des fortifications et organisée autour de plusieurs quartiers anciens. Ederb, associé au secteur historique de Derb-Tebbana, faisait partie de ce noyau urbain traditionnel qui constituait le cœur de l’ancienne Mostaganem. Le quartier était également marqué par une grande diversité humaine. Turcs, Kouloughlis, familles autochtones et différentes communautés ont contribué, au fil des générations, à la vie sociale et économique de ce secteur. Les ruelles étroites, les maisons traditionnelles, les commerces, les bains maures et les lieux de culte formaient un ensemble urbain particulier, caractéristique des anciennes villes maghrébines. L’histoire d’Ederb est également liée aux bouleversements qu’a connus Mostaganem durant les différentes périodes de domination étrangère. La présence espagnole dans l’Ouest algérien a marqué l’histoire de la région par les affrontements et les rivalités autour de Mostaganem et d’Oran. Avec l’arrivée des Ottomans, la ville connut ensuite une nouvelle organisation politique et militaire avant de connaître, au XIXe siècle, l’installation de l’administration coloniale française. L’occupation française de Mostaganem en 1833 constitua une nouvelle étape dans l’histoire de la ville. L’organisation urbaine allait progressivement être transformée avec le développement de nouveaux quartiers, de nouvelles voies et de bâtiments administratifs, tandis que les anciens quartiers continuaient à conserver leur identité et leurs traditions. Ederb a ainsi traversé ces différentes périodes sans perdre complètement son caractère populaire. Pendant des générations, ses ruelles ont été animées par les petits commerces, les artisans et différents métiers traditionnels. La vie quotidienne s’y organisait autour du voisinage, du commerce et des relations sociales qui ont contribué à forger une véritable identité de quartier. Derrière chaque ruelle et chaque ancienne demeure se trouve une partie de la mémoire de Mostaganem. Certaines maisons anciennes témoignaient encore d’une époque où l’architecture traditionnelle occupait une place centrale dans la vie de la cité. Ces constructions constituaient, au-delà de leur valeur architecturale, des témoins de la vie des générations qui les avaient occupées. Au fil des années, cependant, une partie de cet ancien patrimoine a progressivement disparu. Certaines habitations anciennes, devenues vétustes, ont été démolies et leurs occupants relogés dans le cadre des opérations de résorption de l’habitat précaire. Une fois les familles relogées, plusieurs assiettes foncières ont ensuite laissé place à de nouvelles constructions d’immeubles, faisant disparaître des éléments qui auraient pu, selon certains habitants et défenseurs de la mémoire locale, être conservés comme témoins de l’histoire du quartier. Cette évolution soulève aujourd’hui une question importante : certaines de ces anciennes constructions auraient-elles pu être restaurées, préservées et intégrées dans un véritable parcours historique et patrimonial ? Pour les générations futures, ces anciennes maisons auraient pu constituer des témoins précieux de la manière dont vivaient les Mostaganémois autrefois, de leur architecture, de leurs traditions et de leur organisation sociale. Mais au-delà de la disparition progressive de certaines anciennes bâtisses, les habitants attirent également l’attention sur l’état actuel de plusieurs espaces du quartier dont l’état est aujourd’hui jugé préoccupant par les riverains. Selon les habitants, la chaussée y est fortement détériorée et les trottoirs se trouvent dans un état dégradé.  Par Tayeb Bey Abdelkader

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