Derrière les missiles, les menaces et les démonstrations de force dans le Golfe, une autre guerre, plus silencieuse mais infiniment plus stratégique, se déroule sous nos yeux : celle contre le dollar.
Depuis seize jours, les tensions autour du détroit d’Ormuz sont présentées comme une énième crise géopolitique. Mais cette lecture est superficielle. En réalité, ce qui se joue dépasse largement l’Iran, l’entité israélienne ou même les États-Unis. C’est l’architecture monétaire mondiale qui vacille.
Depuis les années 1970, le système du pétrodollar impose une règle simple : le pétrole mondial se vend en dollars. Ce mécanisme a permis aux États-Unis d’asseoir une domination économique sans équivalent, finançant leurs déficits et étendant leur influence sur toute la planète. Mais aujourd’hui, cette domination est contestée.
L’Iran, sous sanctions depuis des années, a appris à survivre en dehors de ce système. Ses exportations, largement tournées vers la Chine, se font de plus en plus en monnaies alternatives. Pékin absorbe d’ailleurs l’essentiel du pétrole iranien, consolidant un axe énergétique et financier parallèle.
Le détroit d’Ormuz n’est pas qu’un point de passage stratégique : c’est un robinet énergétique mondial. Près de 20 % du pétrole mondial y transite. Aujourd’hui, sans même déclarer officiellement un blocus, Téhéran est parvenu à paralyser une grande partie du trafic, provoquant une onde de choc sur les marchés et révélant une vérité brutale : le système énergétique mondial est fragile.
Mais la véritable rupture est ailleurs. Conditionner le passage des pétroliers à des paiements en yuan — hypothèse désormais évoquée — revient à porter un coup direct au cœur du système du pétrodollar.
Ce qui se joue aujourd’hui à Ormuz n’est que la continuité d’un processus engagé ailleurs. Au Venezuela, lorsque le pouvoir de Nicolás Maduro a tenté de vendre son pétrole hors du circuit du dollar, la réponse américaine a été immédiate : sanctions, isolement, pression maximale. Le message est clair : sortir du dollar n’est pas un choix économique neutre, c’est un acte géopolitique.
Aujourd’hui, l’ordre monétaire international se fissure. L’émergence des BRICS, l’utilisation croissante du yuan, du rouble ou de systèmes de paiement alternatifs signalent une tendance lourde : la dédollarisation progressive.
La part du dollar dans les réserves mondiales recule, tandis que des circuits financiers parallèles se mettent en place, contournant les sanctions et réduisant l’influence américaine. Ce n’est pas encore la fin du dollar. Mais ce n’est plus son règne incontesté.
Ce conflit monétaire ne sera jamais déclaré. Il ne fera pas l’objet de sommets ni de traités. Il se joue dans les cargaisons de pétrole, dans les devises utilisées, dans les sanctions imposées et contournées. Et surtout, il se joue dans des zones comme Ormuz, où la géographie devient une arme économique. Car derrière chaque baril de pétrole, il y a une monnaie. Et derrière chaque monnaie, un rapport de force.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement l’avenir du Moyen-Orient. C’est celui de l’ordre économique mondial. La vraie question n’est plus : y aura-t-il une guerre ? Mais plutôt : qui contrôlera la monnaie du monde demain ?
- Par Belkacem
































