Maroc : Alliances en vitrine, missiles en coulisses

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À force de vouloir jouer dans la cour des grands, certains finissent par oublier qu’ils ne sont pas à l’abri des coups. Le Maroc, lui, semble avoir choisi son camp… sans forcément mesurer le prix de l’addition.

Depuis la normalisation express avec Israël en 2020, sous le parapluie généreux de Washington, Rabat multiplie les clins d’œil militaires à Tel-Aviv. Drones, renseignement, coopération sécuritaire : tout y passe. Et pas seulement sur le papier. Des usines sortent de terre, notamment avec BlueBird Aero Systems, pour produire des drones « kamikazes ». Rien que ça. Le mot est lâché, et avec lui toute une philosophie : celle d’un pays qui fabrique désormais des engins conçus pour aller mourir ailleurs… en espérant que la guerre reste loin de chez lui.

Mais voilà, le monde ne fonctionne pas à sens unique. Pendant que Rabat affine ses partenariats stratégiques, Téhéran, lui, affine ses missiles. Et il ne s’en cache pas : toute présence israélienne, où qu’elle soit, est considérée comme une cible potentielle.

Alors la question devient presque ironique : en accueillant des projets militaires liés à Israël, le Maroc ne serait-il pas en train d’envoyer une invitation involontaire à l’Iran ? Une sorte de carton d’invitation diplomatique, version balistique.

Certes, certains diront que la distance géographique protège Rabat. Que le Maroc n’est ni dans le Golfe, ni dans l’orbite immédiate de l’Iran. Argument rassurant… mais légèrement dépassé à l’ère des missiles longue portée et des drones capables de traverser des continents comme on traverse une rue à Casablanca.

Et puis il y a cette idée, persistante, presque naïve : croire que l’on peut profiter des alliances sans en subir les conséquences. Comme si la géopolitique était un buffet à volonté où l’on choisit les avantages sans jamais payer l’addition. Mauvaise nouvelle : dans ce restaurant-là, l’addition arrive toujours. Et elle est rarement symbolique.

Pendant ce temps, les projets de base militaire à Nador alimentent les fantasmes et les inquiétudes. Officiels ou non, ils participent à une réalité plus large : celle d’un Maroc qui s’inscrit de plus en plus dans l’architecture militaire occidentale. Une évolution stratégique assumée… mais qui transforme, lentement, le royaume en pièce sur l’échiquier d’un conflit qui le dépasse.

Car au fond, le vrai paradoxe est là : en cherchant à renforcer sa sécurité, le Maroc pourrait bien, à terme, augmenter son exposition. Une sécurité sous-traitée, externalisée, mais dont les risques, eux, restent bien locaux.

Alors non, Téhéran ne frappera peut-être pas demain Rabat ou Nador. Mais dans un monde où les lignes rouges deviennent floues et les conflits contagieux, la vraie question n’est plus « si », mais « jusqu’où ».

Et surtout : qui paiera le prix des alliances conclues aujourd’hui dans l’euphorie… lorsque les missiles, eux, ne feront plus de distinction entre partenaires et cibles ?

Si Téhéran démontre qu’il peut atteindre des cibles situées à plusieurs milliers de kilomètres, alors les 4 800 km séparant l’Iran du Maroc cessent d’être une garantie de sécurité. Ils deviennent simplement… une donnée technique.

  • Par Belkacem

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