À Mostaganem, certains quartiers constituent de véritables pages de l’histoire urbaine et sociale de la ville. La cité Chahid Djebli Mohamed, connue depuis longtemps sous son ancienne appellation de Mont-Plaisir. Derrière son visage actuel, marqué par les habitations, les commerces et une population qui s’est profondément renouvelée, se cache un quartier dont l’histoire remonte à la période d’expansion de Mostaganem durant la première moitié du XXe siècle.
Les études consacrées au développement urbain de Mostaganem situent l’apparition de Mont-Plaisir dans la période comprise entre 1910 et 1962. Le quartier s’est développé à l’est de la ville, dans un contexte d’expansion urbaine et d’activité agricole. Il s’est ainsi inscrit aux côtés d’autres secteurs qui ont accompagné l’extension de Mostaganem, notamment Raisin ville, Saint-Jules, Beymouth, Tigditt et La Pépinière. Avant de devenir un espace urbain densément occupé, ce secteur conservait encore un caractère largement agricole. Les anciens évoquent notamment des parcelles constituées, alors consacrées aux vergers, avec des orangers et différentes espèces fruitières. Ces terres, une partie du paysage périphérique de Mostaganem, avant que l’urbanisation ne gagne progressivement le secteur et ne transforme les anciennes exploitations en rues, habitations et espaces d’activités. Mais l’histoire de Mont-Plaisir ne se limite pas à son évolution urbaine. La mémoire des anciens habitants reste également marquée par la présence d’une importante structure militaire française connue sous le nom de « SAS », acronyme des Sections administratives spécialisées mises en place pendant la guerre d’Algérie. Cette présence militaire a laissé des souvenirs particuliers dans la mémoire collective du quartier. Selon des témoignages transmis par les anciens, des habitants se rendaient régulièrement auprès de cette structure pour bénéficier de distributions de produits alimentaires. Des files d’attente importantes se formaient alors devant la caserne, réunissant femmes, hommes et parfois des enfants. Ces scènes témoignaient des conditions de vie difficiles de la population durant la guerre et des rapports complexes qu’entretenaient les habitants avec les structures de l’administration coloniale. Un autre récit, particulièrement frappant, évoque des projections de films consacrés à la guerre dans une grande salle de la caserne. Selon cette mémoire orale, certains habitants auraient été invités à assister à ces projections, présentées comme une manière de montrer les dangers du conflit. Les scènes auraient provoqué la peur parmi les spectateurs : des femmes auraient crié, des enfants pleurés et des hommes réagis avec émotion, certains lançant des « Allah Akbar ». Ce souvenir, encore raconté par des anciens, illustre la manière dont la guerre pouvait s’immiscer jusque dans la vie quotidienne des populations civiles. Ce témoignage doit donc être conservé comme un élément de mémoire locale, qui mérite d’être confronté aux archives et aux témoignages directs des personnes ayant vécu cette période. Reste également une question qui intrigue lorsqu’on évoque l’ancien nom du quartier pourquoi l’appellation « Mont-Plaisir » ? Les documents historiques attestent de l’existence de ce nom et de son implantation à Mostaganem au cours de l’expansion urbaine du XXe siècle, mais ils ne permettent pas d’établir avec certitude l’origine exacte de cette appellation Après l’indépendance, le quartier a progressivement changé de nom et de visage. L’appellation de cité Chahid Djebli Mohamed s’est imposée dans les usages administratifs, tandis que le nom de Mont-Plaisir a continué à vivre dans le langage quotidien des Mostaganémois. Aujourd’hui encore, les deux appellations restent associées à ce même secteur, mitoyen du quartier des Castors.Avec l’urbanisation, les anciennes parcelles agricoles ont progressivement disparu au profit des constructions. Le quartier s’est densifié, sa population s’est renouvelée et de nombreux Commerces et services sont venus s’y installer. Cette évolution a profondément modifié son paysage et son fonctionnement, faisant de Mont-Plaisir un secteur pleinement intégré au tissu urbain de Mostaganem. Cependant, derrière cette transformation se pose aujourd’hui la question de l’état général du quartier. Selon les habitants, certaines chaussées nécessitent des travaux de revêtement, tandis que plusieurs trottoirs et points d’éclairage public restent à améliorer. Ces insuffisances, qui affectent le quotidien des riverains, appellent une attention particulière des services concernés. Une intervention progressive sur la voirie, les trottoirs et l’éclairage permettrait de redonner au quartier un aspect plus agréable et de meilleures conditions de circulation. Mitoyenne du quartier des Castors et située dans un secteur urbain très fréquenté, la cité Chahid Djebli Mohamed occupe une place importante dans le paysage de la ville. Pour les habitants, l’enjeu est désormais de préserver la mémoire de Mont-Plaisir tout en donnant au quartier les conditions urbaines nécessaires à un cadre de vie plus adapté. Par Tayeb Bey Abdelkader




























