L’annonce des manœuvres militaires franco-marocaines « Chergui 2025 », prévues en septembre près de la frontière algérienne, a jeté de l’huile sur un feu déjà ravageur. En convoquant ce jeudi l’ambassadeur français à Alger, l’Algérie a clairement signifié à Paris que ce projet n’était pas une simple routine stratégique, mais une « provocation calculée », dans un contexte où chaque geste est perçu comme un défi à la souveraineté nationale
La crise ouverte entre Alger et Paris depuis juillet 2023 – lorsqu’Emmanuel Macron a reconnu la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental – n’a cessé de s’envenimer. Cette décision, perçue comme une trahison historique par l’Algérie, a réveillé les vieux démons postcoloniaux. Le Sahara occidental, territoire riche en phosphates et en ressources halieutiques, est un abcès géopolitique : le Maroc le revendique, le Front Polisario lutte pour son indépendance, et l’Algérie, y voit une question de principe.
Organiser des exercices militaires à Er-Rachidia, à quelques encablures de la frontière algérienne, relève donc d’une « stratégie de tension ». Pour Alger, c’est une démonstration de force inacceptable, d’autant que l’exercice « Chergui » inclut des simulations de commandement (CPX) et des opérations réelles (LIVEX) mobilisant troupes terrestres et aériennes.
En qualifiant ces manœuvres d’« acte de provocation », l’Algérie menace de « porter le climat des tensions à un seuil supérieur de gravité ». Une rhétorique inquiétante, alors que la région du Maghreb est déjà minée par des rivalités sécuritaires et économiques. La France, qui cherche à maintenir son influence au Maroc , semble jouer avec le feu.
Pire : ces manœuvres interviennent alors qu’Emmanuel Macron tentait « in extremis » de désamorcer la crise migratoire avec Alger, appelant la semaine dernière à « réengager un travail de fond ». Un double discours qui révèle les contradictions de la diplomatie française : vouloir apaiser Alger tout en soutenant Rabat sur le dossier sahraoui est un équilibre impossible.
La balle est désormais dans le camp de Paris. Annuler ou déplacer l’exercice « Chergui 2025 » serait un aveu de faiblesse face à Alger. Le maintenir reviendrait à valider l’idée d’une « France alignée sur le Maroc », au risque de cristalliser définitivement la rupture avec l’Algérie.
À l’heure où le Maghreb a besoin de stabilité, la France doit éviter de se laisser entraîner dans les rivalités fratricides entre Alger et Rabat. « Chergui 2025 » n’est pas qu’un exercice militaire : c’est un test de maturité pour la diplomatie française.































