Oran : Le Sacre de la Méditerranée (vidéo)

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Oran ne se visite pas, elle s’écoute, elle se raconte. Elle vibre dans le fracas de ses chantiers navals et dans la nostalgie de ses vieux quartiers. Une ville qui, après chaque chute, a toujours su se relever, plus radieuse.

Oran ne se raconte pas comme une simple ville. Elle se vit comme une secousse. Une mémoire à ciel ouvert, traversée par les cris du passé et les promesses du présent.

Époque médiévale (902 – 1509)

Depuis sa naissance au 10e siècle, sur une poignée de sable et d’audace andalouse, Oran a appris à survivre. Aux invasions, aux séismes, aux abandons. Et à chaque fois, elle s’est relevée. Plus forte. Plus fière. Plus bruyante aussi. Oran , ville de marins et de marchands et de poètes, elle a longtemps été disputée comme un trésor stratégique entre les rives de la Méditerranée. Zianide , puis éspagnole pendant près de trois siècles, ottomane par

Oran a été fondée en 902 par des marins andalous, menés par Mohamed Ben Abou Aoun et Mohamed Ben Abdoun. Tout commence sur une plage de sable fin au Xe siècle. Des marins venus d’Andalousie, flairant le potentiel stratégique de cette baie abritée, jettent l’ancre.

Oran — Wahran en berbère — naît sous le signe du commerce. Durant tout le Moyen Âge, la ville devient le poumon économique du royaume zianide de Tlemcen. On y échange l’ivoire et l’or du Soudan contre les étoffes d’Europe. Mais cette prospérité attire les convoitises de l’autre rive.

Oran  (1509 – 1792)

En 1509, le cardinal Cisneros débarque avec une armada. Oran bascule sous pavillon espagnol pour près de trois siècles. La cité se couvre de remparts, de fossés et d’églises. Sur les hauteurs du Murdjajo, le fort de Santa Cruz est érigé comme une sentinelle de pierre défiant les assauts ottomans.

Après un séisme apocalyptique en 1790 qui dévaste la ville, les Espagnols finissent par céder. En 1792, le bey Mohamed el-Kebir reprend les clés de la cité pour le compte de la Régence d’Alger. Mais ce répit est de courte durée : en 1831, la France s’empare du port.

Mohamed Ben Othmane, plus connu sous le titre de bey Mohamed el-Kebir, gouverneur du beylicat de l’Ouest sous la Régence d’Alger, est celui qui mit fin à près de trois siècles de présence espagnole.

L’histoire bascule dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790, lorsqu’un séisme dévastateur frappe Oran. Le Bey engage alors des négociations avec le roi d’Espagne Charles IV. En 1792, les troupes espagnoles évacuent définitivement la ville. Mohamed el-Kebir entre triomphalement dans Oran et en fait sa capitale. Il lance de grands travaux pour effacer les stigmates de la guerre et du séisme : la mosquée du Pacha, érigée en l’honneur de sa victoire,et le Palais du Bey, chef-d’œuvre architectural avec ses jardins et ses galeries sculptées.

Période coloniale  (1831 – 1962)

Occupée par les troupes françaises dès 1831, Oran se transforme radicalement. Elle devient une préfecture et se développe selon un modèle européen, attirant une forte population d’immigrés espagnols et français (les futurs pieds-noirs). Jusqu’à l’indépendance, elle est souvent décrite comme la ville la plus européenne d’Afrique du Nord.

Oran après l’indépendance

Le 5 juillet 1962, Oran entame un nouveau chapitre : celui de l’indépendance. La ville s’agrandit, s’industrialise (notamment grâce au gaz d’Arzew) et devient un laboratoire de la modernité algérienne. C’est ici, dans ses quartiers populaires, que naît le Raï. Cette musique de la révolte et de l’émotion conquiert le monde, portant la voix d’Oran aux quatre coins du globe.

Oran : un musée à ciel ouvert

Aujourd’hui, se promener à Oran, c’est feuilleter un livre d’histoire. Du quartier millénaire de Sidi El Houari, où les vestiges espagnols côtoient les bains turcs, jusqu’au front de mer majestueux hérité du XIXe siècle, la ville cultive sa singularité. Elle reste cette métropole indomptable, à la fois fière de ses racines algériennes et tournée vers l’horizon marin. Oran n’est pas seulement une ville, c’est un récit où chaque pierre raconte une époque différente, du XIVe au XXe siècle.

  1. Le Palais du Bey (Qasr El-Bey)
    Caché derrière de hautes murailles, ce complexe est le cœur de l’Oran ottomane. On y découvre le Diwan, les appartements privés du bey Mohamed el-Kebir et un pavillon de plaisance. Son système de ventilation naturelle et ses jardins offrent une vue imprenable sur le port.
  2. La porte d’Espagne (Puerta de España)
    Vestige de l’architecture militaire espagnole du XVIe siècle, elle marquait l’entrée de la ville haute. Un passage étroit et majestueux, suspendu hors du temps.
  3. Les bains turcs (Hammam El-Bali)
    Datant de la fin du XVIIIe siècle, ils illustrent le raffinement de la Régence d’Alger. Leurs coupoles percées d’oculus filtrent une lumière douce et mystique.
  4. Le tunnel de l’Amirauté
    Ancien passage souterrain reliant le quartier au port de Mers El-Kébir, il rappelle qu’Oran fut longtemps une ville-citadelle.
  5. L’église Saint-Louis
    Bâtie sur les ruines d’une mosquée, elle témoigne de la complexité religieuse et historique de la ville. C’est ici que Sidi El Houari, le saint patron de la ville, semble encore veiller sur Oran.

La gastronomie oranaise

Impossible de clore cette histoire sans évoquer son âme culinaire. À Oran, la gastronomie se vit autant qu’elle se déguste.

  • La calentica : véritable emblème populaire, née selon la tradition durant la période espagnole, elle est dégustée chaude, avec cumin et harissa.
  • La crevette d’Oran : réputée pour sa finesse, souvent grillée ou en sauce.
  • La paëlla oranaise : héritage ibérique revisité avec des saveurs locales.
  • La mouna : brioche parfumée, héritée des traditions anciennes, aujourd’hui ancrée dans le quotidien.

Manger à Oran, c’est goûter à l’histoire de la Méditerranée. Chaque bouchée raconte un passé, chaque parfum évoque un voyage, et chaque plat célèbre le lien indéfectible entre la ville et la mer.

Oran, c’est aussi une voix. Celle du Raï, né dans ses entrailles, dans ses quartiers populaires, comme un cri contre les silences imposés. Une musique qui a franchi les frontières, comme pour rappeler au monde que cette ville ne se contente pas d’exister : elle s’exprime.

Oran n’est pas parfaite. Elle est mieux que ça : elle est vivante. Et dans un monde qui uniformise tout, Oran reste une exception.

  •  Par Belkacem

 

 

 

 

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