Relancer la bataille de la viande, tel est le message qui se dégage des instructions données par le président de la République au ministre de l’Agriculture, lors du Conseil des ministres, réclamant en substance « des solutions adaptées pour porter la production de viandes rouge et blanche à un niveau capable de satisfaire la demande nationale, en associant étroitement producteurs et éleveurs ».
Des orientations pouvant être interprétées comme annonciatrices d’une révision en profondeur du mode de fonctionnement de la filière productive. Le chef de l’État veut donc lancer une offensive pour redresser la production de viandes. L’instruction qu’il a donnée au ministre de l’Agriculture dépasse, cette fois, le constat d’échec exprimé à deux reprises ces dernières semaines. « Nous sommes en train de perdre la bataille de la viande », avait-il déclaré récemment, dénonçant la fragilité persistante d’une filière stratégique pour la sécurité alimentaire. La révision du fonctionnement du secteur représente un véritable défi. L’application d’une stratégie plus rigoureuse risque dans un premier temps de perturber une filière qui a développé ses propres réflexes, souvent délétères, alors qu’elle s’enlise chaque jour un peu plus dans une situation de crise et d’instabilité aux causes multiples. Les pouvoirs publics semblent l’avoir anticipé et des mesures sont prévues pour maintenir l’offre, y compris par des importations. L’une des plus récentes concerne l’importation prochaine, d’un million de moutons en prévision de l’Aïd El Adha 2026. Une initiative qui illustre à la fois la gravité du déficit de production et la volonté de l’État de stabiliser le marché. Elle s’inscrit dans la continuité des efforts déjà engagés, plusieurs d’entre eux ayant été encadrés par la loi de Finances 2026, qui prévoit des facilités fiscales et douanières pour l’importation de cheptels bovin et ovin, ainsi que pour les viandes fraîches, afin de réduire la pression sur les prix et garantir la disponibilité des produits. Ainsi, malgré ces mesures, la filière peine encore à retrouver son dynamisme. Les aides financières et les mesures de régulation du marché n’ont pas suffi à relancer durablement la production. Les épisodes de spéculation sur les moutons à l’approche de chaque Aïd restent fréquents, et les importations massives constituent aujourd’hui le seul moyen de contenir la flambée des prix. Dans ce contexte, l’instruction du président renseigne sur la volonté de ne plus répéter les mêmes politiques, qui ont échoué, mais de changer fondamentalement le mode de gestion et d’organisation du secteur. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il faut comprendre la volonté de créer une filière solide, intégrée et durable, reposant sur une meilleure planification de l’élevage, le soutien aux producteurs, l’introduction de technologies adaptées et la sécurisation de l’approvisionnement en aliments pour bétail. Des mesures avaient déjà été prises en ce sens : fourniture d’orge à prix subventionné, distribution d’aliments composés par l’ONAA, fixation des prix pour lutter contre la spéculation et soutien aux coopératives agricoles. Le cap fixé par le président est ambitieux. L’objectif est d’éviter la dépendance chronique aux importations et d’assurer que les Algériens puissent accéder à des viandes de qualité à des prix stables. La relance de la production de viandes devient, de ce fait, un test crucial pour la sécurité alimentaire et le pouvoir d’achat des Algériens. Entre importations et réformes structurelles, l’État affiche sa détermination à reprendre la main sur une filière longtemps laissée à la dérive.
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